L'importance d'une bonne étanchéité à l'air
Fin 2022, nous avons réuni autour d'une table des experts en la matière pour évoquer la question de l'étanchéité à l'air. Car malheureusement, des erreurs sont encore commises chaque jour dans la construction et la rénovation de maisons et d'appartements. Vous pouvez lire un compte-rendu de cette table ronde ici et dans les articles connexes de ce rapport.
Le tsunami de la rénovation énergétique
La neutralité climatique d'ici 2050, tel est l'objectif ambitieux du Green Deal européen. Pour y parvenir a été élaboré un ensemble d’initiatives politiques devant aider l'UE à réaliser sa transition écologique. La mise à jour complète de notre parc immobilier constitue ici un volet important. Et dire qu’il reste du pain sur la planche est un euphémisme.
Le Pacte de rénovation des autorités flamandes stipule que, d'ici 2050, chaque maison et chaque appartement devra être aussi écoénergétique qu'une nouvelle construction énergétiquement performante. Pour atteindre cet objectif, environ 95% des maisons et 90% des appartements devront mettre en œuvre des mesures pour économiser l'énergie afin d’obtenir le label énergétique A, qui sera alors obligatoire. Nous allons donc au-devant d’un véritable tsunami de la rénovation. Pour atteindre cet objectif, nous devrions actuellement livrer 11 maisons écoénergétiques par heure... Et pour l’instant, nous en sommes à 4 rénovations par heure.
Pour se rapprocher progressivement de l'objectif sera instaurée une exigence de plus en plus stricte à laquelle chaque maison devra satisfaire après l’achat: le label D à partir de 2023, le label C à partir de 2028, le label B à partir de 2035 et le label A à partir de 2040.
Les mesures permettant d'obtenir ces labels mettent principalement l'accent sur l'isolation des menuiseries, des toitures, des murs et des sols. Puis sur les pompes à chaleur et les panneaux solaires.
Un peu comme en 1990. À l'époque avait en effet également été introduite une législation pour rendre l'isolation obligatoire dans les nouvelles constructions, et ce n'est que vers 2010 que l'étanchéité à l'air a vraiment été mise à l'ordre du jour. La question clé est donc de savoir si nous allons réitérer la même erreur lors de la prochaine vague de rénovation. Ou si nous allons, cette fois, bel et bien accorder suffisamment d’attention à l'étanchéité à l'air? Eh bien... Cela semble mal engagé.
Une importance négligée
La Flandre a longtemps fait partie des pires élèves d'Europe en matière d'étanchéité à l'air. Pourtant, nous savons désormais que c'est précisément dans ce domaine que de nombreux gains pourront être réalisés dans les bâtiments existants. Le retour sur investissement est énorme. C’est pourquoi, lorsque l’on renouvelle aujourd’hui des menuiseries extérieures ou une toiture, l'étanchéité à l'air devrait absolument être incluse. Ce qui n’est pas le cas dans la pratique.
Une habitation écoénergétique bien pensée marie isolation thermique et ventilation performante. Mais une ventilation performante ne sera possible qu’en construisant étanche à l'air, et vice versa
Que faut-il faire?
1. Les autorités doivent ancrer l'importance de l'étanchéité à l'air dans la réglementation
L'étanchéité à l'air est considérée comme facultative par les maîtres d’ouvrage, mais aussi par les prescripteurs. Alors qu’il devrait justement s’agir d’une évidence. Et cela va au-delà de la simple rénovation ou restauration. Même au niveau des nouvelles constructions écoénergétiques, nous créons des bâtiments qui ne sont pas voire à peine conformes. Nous construisons aujourd'hui des maisons d'hier devant relever les défis de demain... Dans le domaine des logements sociaux également, c’est souvent le néant. Alors que les autorités devraient montrer l'exemple. Mais les budgets sont utilisés à d’autres fins.
Même le CSTC ne suit pas. Il prescrit encore et toujours comme solution des profilés APU, ce qui est vraiment dépassé. L'air froid peut ainsi encore et toujours pénétrer à l'intérieur par la battée et ces profilés seuls ne sont pas rassurants non plus. Le fait de mentionner, lorsque l’on utilise un profilé APU, qu'il faudra encore assurer l’étanchéité de celui-ci avec un mastic – et que ce mastic devra être entretenu – indique déjà que l'étanchéité à l'air ne se trouvera pas ici au bon endroit (dans le parachèvement plutôt que dans le gros œuvre). Mais les procédures de cette institution sont trop lentes pour rectifier à court terme ce conseil dépassé, et les entrepreneurs préfèrent se cacher derrière cette recommandation ‘moins chère’.
Notre conseil aux autorités: prévoyez un système de subsides pour la construction étanche à l'air associée à une ventilation performante. Mais ne vous arrêtez pas là, appliquez le ‘principe de la carotte et du bâton’. Liez les subsides à un plan de rénovation par étapes logique. Et faites immédiatement de même pour les nouvelles constructions. Le CPE et le PEB devraient toujours se baser sur le principe ‘Trias Energetica’. Commencez par limiter la demande d'énergie, puis seulement veillez à ce que l'énergie nécessaire provienne autant que possible d’énergies vertes. Liez l'isolation à la ventilation et à l'étanchéité à l'air et faites dépendre les subsides de l'ensemble.
D'ici 2050, nos bâtiments devront évoluer vers le label A. En rénovant maintenant, il faut obligatoirement atteindre le label D. Nous avons ici laissé passer une opportunité car, d’ici quelques années, nous risquons de devoir à nouveau obligatoirement rénover les mêmes bâtiments. Pour évoluer vers un label A de manière réfléchie, il aurait été préférable d'établir un plan par étapes par bâtiment. En commençant par déterminer ce dont le bâtiment aura précisément besoin pour répondre aux exigences de 2050, afin que chaque intervention future en tienne déjà compte.
À côté de cela, les autorités devraient également stimuler la recherche afin de continuer à développer les meilleures pratiques, des innovations et des connaissances approfondies en matière d’étanchéité à l'air en rénovation et restauration.
Lire plus sur l'étanchéité à l'air
2. Améliorer les connaissances en matière d’étanchéité à l'air chez les partenaires du bâtiment
Les connaissances mais aussi les solutions pour faire beaucoup mieux au niveau de l'étanchéité à l'air sont disponibles, mais pas suffisamment connues des professionnels du bâtiment.
Des entretiens avec des architectes, des entrepreneurs et des conseillers PEB révèlent que le thème de l'étanchéité à l’air ne leur tient guère à cœur, malgré les recommandations. Vu que la réglementation PEB n'impose actuellement aucune exigence ou obligation spécifique en matière d'étanchéité à l'air, celle-ci est seulement considérée comme une ‘option’ pour abaisser le niveau E ou S. On préfère installer des pompes à chaleur, des panneaux solaires, etc. L'étanchéité à l'air est très souvent qualifiée de coût supplémentaire, de telle sorte que la logique – d'abord s’occuper des besoins en énergie, puis de l'approvisionnement en énergie – disparaît.
Et lorsque l'on décide tout de même d'opter pour une construction étanche à l'air, on choisit encore trop souvent la solution la moins chère, et pas la solution appropriée. Souvent aussi de façon ad hoc, alors que la meilleure étanchéité à l'air sera obtenue en intégrant les mesures d'étanchéité à l'air dans les projets dès la phase du gros œuvre.
En plus d'informer et convaincre de la nécessité de la construction étanche à l'air, les architectes et entrepreneurs doivent aussi apprendre et maîtriser les techniques d’exécution correctes. Car tout dépendra en effet d'une exécution correcte et méticuleuse. Une construction 90% étanche à l’air n’est pas une construction étanche à l’air.
L'étanchéité à l'air se dégrade-t-elle?
Quid de la durée de vie de l'étanchéité à l'air? Des études à grande échelle ont été menées à ce sujet au Canada. Au cours de la première année, les chercheurs ont constaté que l'étanchéité à l'air perdait une partie de ses performances, principalement en raison du fait que le bâtiment devait encore ‘travailler’. Au cours des années suivantes cependant, ce niveau d'étanchéité à l'air restait pratiquement stable.
Les fabricants de solutions d'étanchéité à l'air devraient se charger d'informer et d'inspirer le secteur. Par exemple, par le biais de roadshows, soirées d'information et séances d'inspiration, pas pour promouvoir leurs propres produits, mais pour se concentrer surtout sur les avantages et les principes de la construction étanche à l'air.
Au niveau des formations également, il faut faire mieux. Tant les prescripteurs que les entrepreneurs et les menuisiers doivent être suffisamment formés par rapport à la nécessité et à la manière de construire étanche à l'air.
Il faut également continuer à investir dans des solutions d'étanchéité à l'air innovantes pour le secteur de la rénovation et de la restauration. Dans des systèmes et produits qui pourront être intégrés rapidement, facilement et durablement dans les bâtiments à rénover. Les systèmes préfabriqués étanches à l'air qui réduisent le taux d'erreur en constituent un bon exemple. S’ils ne forment pas la garantie d’une étanchéité à l'air efficace, ils augmentent quoi qu’il en soit les chances d'obtenir un meilleur résultat. Ces systèmes permettent d’ailleurs aussi d'accélérer considérablement le rythme de la rénovation des bâtiments.
Pour tout cela, n'hésitez pas à vous faire assister par un expert et assurez-vous que l’exécution sera confiée à un entrepreneur qui s’y connaît.
3. Les tests devraient devenir obligatoires
Nous avons eu vent de blocs de construction comptant 60 appartements, et dont trois seulement sont effectivement étanches à l'air... Ceux qui seront réellement testés. Il y a donc là une concertation claire entre l'exécutant et les testeurs. Espérons que ces pratiques malintentionnées forment l'exception absolue, mais de manière générale, il s’avère que les tests sont trop peu nombreux. La cause principale: c'est trop cher et cela prend trop de temps. Et, comme nous l'avons dit, trop peu d'acteurs du secteur de la construction, mais aussi les autorités, ne se rendent pas compte de la nécessité de ces tests.
Les mesures d'étanchéité à l'air doivent pouvoir s’effectuer plus rapidement, afin qu'elles deviennent la norme dans les audits tant pour le PEB que pour le CPE. Heureusement, des améliorations sont en vue. Des alternatives au fastidieux test d'infiltrométrie sont en cours de développement. Au Royaume-Uni, des tests sont effectués à l'aide d'un ‘Pulse Air Permeability and Air Leakage Testing Equipment’.
Il s'agit d'un nouvel appareil compact qui peut pénétrer dans une pièce et y mesurer l'étanchéité à l'air en 5 secondes via une impulsion de pression. Contrairement au test blowerdoor, il n’indique pas où se situe la déperdition, mais c'est un pas dans la bonne direction vers des tests plus rapides et plus nombreux.
Une fois qu'un tel instrument sera en place, nous préconiserons de rendre les tests obligatoires dans tous les bâtiments nouvellement réceptionnés ou à vendre/louer.